Situation des Femmes en Iran

Public

20 octobre 2004

Le pouvoir par le peuple, ...

THE WALL STREET JOURNAL
18 octobre 2004
Le pouvoir par le peuple, dans le style iranien
Par Paulo Casaca

Commentaire
En avril dernier, lors d’un voyage en Irak, j’ai passé plusieurs jours dans une base au nord-est de Bagdad où vivent plusieurs milliers d’Iraniens. Ils s’agissaient de membres des Modjahedines du peuple d’Iran, une organisation que le régime de Téhéran considère comme son ennemi numéro un, avec l’Amérique et Israël.
Quand je suis arrivé à la base après avoir voyagé à travers l’Irak, j’ai eu l’impression d’atteindre une oasis. Avec une police routière qui donne des contredanses pour excès de vitesse, Achraf est le seul endroit en Irak où le code de la route est respecté et appliqué. Les gens pouvaient se déplacer en paix et en toute liberté. L’infrastructure urbaine, comme l’eau, le système sanitaire et l’électricité, était très bien entretenue par les Iraniens eux-mêmes.
L’immense enclave ressemblait à un microcosme d’un autre Iran. Ici, où tous les panneaux de signalisation routière sont en persan et en anglais, j’ai trouvé une extraordinaire collection d’activistes ayant fait pour la plupart des études supérieures et de classe moyenne, unis par la haine du régime intégriste islamique dans leur patrie.
J’ai aussi été frappé par la diversité culturelle : des dizaines de bibliothèques bien fournies, plusieurs théâtres et cinéma, cinq orchestres, et selon Kamyar Izadpanah, un compositeur formé aux Etats-Unis, un des meilleurs conservatoires de musique persane au monde. Deux universités – monté avec l’aide de professeurs de l’université de Bagdad – enseigne une vaste gamme de matières allant du droit à ingénierie.
Environ un tiers de ces opposants sont des femmes, et les femmes occupent les fonctions supérieures de la direction et de la gestion. L’une d’entre elle, la secrétaire général des Modjahedines, Mojgan Parsa’i, a étudié l’informatique aux Etats-Unis. A Achraf, les femmes sont fières de leurs acquis dans l’égalité des genres. Ma rencontre la plus émouvante a été avec les anciennes prisonnières politiques, qui m’ont dépeint des horribles tortures et les viols dont elles avaient été victimes aux mains des gardiens de la révolution iraniens.
Au « musée du terrorisme », au centre de la base, on peut voir exposer un nombre étonnant de dispositifs utilisés par le régime iranien pour liquider ses opposants, des photos et une sinistre chronique de 450 attentats terroristes à travers le monde attribués aux agents de Téhéran – preuve irréfutable que ces activistes sont bien les victimes du terrorisme et que l’auteur en est le régime iranien.
J’ai quitté la base avec la nette impression que les Modjahedines iraniens sont un mouvement de résistance légitime qui mérite le soutien du monde libre. Dans une région toujours dominée par l'intolérance, la tyrannie et le fanatisme aveugle, ce mouvement prône un islam basé sur un gouvernement démocratique, la laïcité et l’égalité des genres. Le fait que le mouvement soit dirigé par une femme – Maryam Radjavi, qui vit près de Paris - ne fait qu'attiser le contraste avec un régime qui interdit aux femmes l’accès à de hautes fonctions politiques.

Je raconte mon expérience parce que je suis persuadé que les Modjahedines constituent notre meilleure chance pour contrer la montée de la menace iranienne. Et nous devons la contrer. Tandis que l'Irak domine la campagne présidentielle américaine, c’est l’Iran qui devient rapidement le point focal de l’inquiétude internationale. A juste titre. L’Iran abrite un régime intégriste islamique qui parraine ouvertement le terrorisme et fomente la violence en Irak, développe des missiles de longue portée et a été pris « la main dans le sac » en train de dissimuler des aspects sensibles de son programme nucléaire avancé.
Où cela mène-t-il les options politiques occidentales ? Certains en Europe et aux Etats-Unis – oublieux de l’échec manifeste des années « d’engagement constructif » avec l’Iran qui ont uniquement renforcé la faction la plus radicale de la clique théocratique – insistent sur la poursuite de même chemin. Mais les mollahs iraniens sont passés maîtres dans l’art de prendre des carottes et d’en demander davantage. Si nous ne changeons pas le cours des choses, il se peut que nous finissions avec rien de mieux qu’une promesse de conformité que l’Iran – comme la Corée du Nord dans les années 1990 – pourra rompre secrètement. C’est précisément ce qu’a fait l’Iran quand la troïka ministérielle européenne s'est rendue à Téhéran en octobre dernier et a passé un accord avec les dirigeants iraniens pour suspendre l’enrichissement. Nous savons aujourd’hui que la promesse n’a jamais été tenue.
L’intransigeance des dirigeants iraniens est en grande partie basée sur leur perception d'un gouffre croissant entre les Etats-Unis et l’Europe. Cela crée « une marge de sécurité » pour Téhéran, disent les stratèges iraniens. Ils semblent convaincus que la division transatlantique empêchera toute action sérieuse contre la République islamique. Les ayatollahs extrémistes ridiculisent déjà l’idée même de sanctions du Conseil de sécurité.
A leurs yeux, le commerce plus que toute autre préoccupation détermine au bout du compte la position de l’Europe vis-à-vis de l’Iran, alors que les Américains sont embourbés en Irak. La situation a offert à Téhéran une opportunité exceptionnelle qu'il espère être suffisamment importante pour faire atteindre à son projet d’armes nucléaires un point de non retour. Tant que le régime restera au pouvoir, l’Iran continuera d’être une source d’instabilité et de terrorisme.
L’Europe a une grave responsabilité politique et morale dans l’adoption d’une attitude nouvelle et ferme vis-à-vis de l’Iran. L’échec des sanctions diplomatiques et économiques passées imposées à l’Irak n’est pas un argument pour éliminer l’usage de pressions efficaces contre l’Iran, même si l’état actuel des marchés mondiaux pétrolier compliquerait toute décision. Mais l’occident doit commencer à envoyer des signaux s’il est résolu à être pris au sérieux à Téhéran. Il doit cesser d’envoyer des missions commerciales en Iran, comme l’ont fait récemment la Grande-Bretagne et la France. Et il doit cesser de lancer de grands événements diplomatiques pour promouvoir ses liens avec le régime iranien, comme l’a fait l’Allemagne.
Il y a cependant, une manière bien plus efficace d’effacer la « marge de terreur » des dirigeants iraniens – ce que signifie exactement leur « marge de sécurité » – et c’est de soutenir les aspirations démocratiques du peuple iranien. Les gouvernements occidentaux doivent exprimer avec plus de force leur soutien aux millions d’Iraniens, particulièrement aux jeunes et aux femmes, qui veulent voir un gouvernement pluraliste, séculaire et démocratique à la place de la théocratie actuelle.
A mes yeux, et c’est l’opinion de plus de 1000 parlementaires en Europe, notre premier pas politique devrait être de retirer de la liste noire internationale le principal mouvement d'opposition des mollahs – les Modjahedines iraniens.
Nombreux sont ceux qui, au Congrès des Etats-Unis et parmi les voix éminentes du droit international, soutiennent cet appel. De hautes autorités américaines ont confirmé qu’une enquête détaillée de seize mois par plusieurs agences gouvernementales américaines, dont le Département d’Etat et le FBI, ont exonéré les membres des Modjahedines iraniens d’accusations terroristes. Les autorités des deux côtés de l’Atlantique ont affirmé que la seule raison pour avoir mis le groupe sur la liste du terrorisme aux Etats-Unis était d’abord d’envoyer « un geste de bonne volonté » au régime iranien.
Faisons savoir aux dirigeants iraniens que leur « marge de sécurité » est l’histoire. C’est le seul moyen de sauver le monde de cataclysmes pendant quelques mois, ou quelques années.

M. Casaca, eurodéputé socialiste du Portugal, est président de la délégation du parlement européen à l’assemblée parlementaire de l’OTAN.

csdhi

Les Iraniennes en révolte