Bulletin bimensuel d’informations sur les droits humains en Iran
ASSOCIATION
DES FEMMES IRANIENNES EN FRANCE
Alors que l’attention internationale reste focalisée sur la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole et les négociations diplomatiques, les résistants iraniens emprisonnés nous rappellent que la véritable histoire se joue dans les couloirs de la mort du régime. Un régime qui, par la répression et les pendaisons, prétend désespérément être toujours aux commandes. Mais les voix courageuses de la Résistance iranienne proclament une autre vérité : celle d’une quête de liberté inévitable et de la fin prochaine de cette dictature sanguinaire.
Le monde doit entendre le Chant de résistance entonné par six membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran en prison enregistré depuis la cour de la prison, avant d’être pendus.
"Si l’Iran est une terre dévastée, en ruines, Si ma vie et la tienne ne font qu’un avec celle de l’Iran, Si cette maison est sous l’ombre de la mort, Si les balles marquent jusqu’aux pétales des fleurs, Alors lève-toi, tel le tonnerre, Arme-toi, prépare ton combat, Debout, Bataillon combattant, Brise les obstacles sur ta route. Je suis la tempête - tremble, toi, plante vacillant ! Ton adversaire est aguerri, prêt à lutter. Je suis la foi, je suis la révolte pleine de conviction, Je combats pour rester debout, plus fort encore. Je suis le foyer de la rébellion (l’unité de résistance), qui a dit « présent » ! jusqu’au bout. Quand je prends mon arme en main, Je reprends ma patrie. Dans cette forêt, je suis le lion, Je reprends ma patrie. Regarde les têtes des jeunes florissants, Suspendues aux potences. Toutes les douleurs de l’histoire Se sont abattues sur nos vies. J’ai juré, par mon sang, De renverser l’oppresseur. Je vais fendre le plafond du le ciel, Et je bâtirai un monde nouveau. Je suis la tempête, je suis la révolte, Je suis le soulèvement, je suis le cri. Je suis une pluie de feu, qui déferle contre toi, Ô bourreau".
1er mai, Journée internationale des travailleurs
La situation alarmante des droits des travailleurs en Iran
Un nouveau rapport de HRANA, couvrant les 12 derniers mois, recense au moins 5 019 travailleurs blessés ou tués dans des accidents du travail, dont 586 décès, la majorité de ces cas n'étant jamais mentionnés dans les communiqués officiels.
Le rapport examine également le fossé grandissant entre les salaires et le coût de la vie : les travailleurs gagnent moins de la moitié du revenu de base d'un ménage, et au moins 613 mois de salaires impayés ont été recensés dans 119 entreprises industrielles et de services.
Au-delà de la situation économique, le rapport constate une forte baisse des manifestations et des grèves, non pas comme un signe d'amélioration, mais comme le reflet d'une répression accrue. Au cours de l'année écoulée, au moins 10 travailleurs et militants syndicaux ont été arrêtés, des responsables syndicaux emprisonnés et des organisations syndicales indépendantes visées par des accusations d'atteinte à la sécurité. Des enseignants, des retraités et des ouvriers du bâtiment figurent parmi ceux qui ont été arrêtés, condamnés et licenciés pour avoir revendiqué leurs droits fondamentaux…
Les femmes en première ligne de 1,2 million de travailleurs au chômage à cause de la guerre
wncri, 1er mai 2026
Des informations alarmantes révèlent que les femmes et leurs familles supportent le fardeau le plus lourd d’une crise économique qui s’aggrave, alors que la guerre et la récession ont laissé plus d’un million d’ouvriers du bâtiment sans emploi. Ce chômage de masse a plongé les foyers dans un cycle de pauvreté et de précarité, tandis que les coupures simultanées d’Internet ont davantage paralysé les moyens de subsistance des personnes handicapées, notamment de nombreuses femmes qui dépendaient de l’économie numérique pour survivre. "Ces familles sont ‘broyées’ sous le poids de la pauvreté et de la ruine financière…" (Quotidien Sharq, 20 avril 2026)
Création de la Plateforme JÎNA au Kurdistan oriental
ANF News, 1er mai 2026
Cinq organisations féminines du Kurdistan oriental ont formé la Plateforme JÎNA, s'engageant à lutter ensemble pour la liberté, l'égalité et les droits nationaux des femmes.
Cette plateforme devrait servir de cadre civique et national, constituant un mécanisme de représentation pour la défense de la dignité, de la liberté, de l'égalité et des droits des femmes.
Ses membres fondateurs sont l'Organisation pour la liberté des femmes du Kurdistan, l'Organisation des femmes kurdes affiliée à Komala, l'Organisation de lutte des femmes du Kurdistan, l'Union démocratique des femmes du Kurdistan et l'Association pour la liberté des femmes du Kurdistan du Rojhilat.
Dans un communiqué conjoint publié le 30 avril 2026, elles ont annoncé que les objectifs principaux de la " Plateforme Jina" sont d’unifier la volonté nationale des femmes, de renforcer la position des femmes dans la société, de s’opposer aux forces d’occupation ainsi qu’à l’oppression systématique, et d’enrichir la lutte civile et politique des femmes.
La Plateforme a appelé toutes les femmes de la région à se rassembler autour de cette nouvelle structure.
Elle sera dirigée par un conseil exécutif composé de représentantes des différentes organisations, avec une direction tournante tous les deux mois.
La communauté internationale condamne la nomination du régime iranien à la vice-présidence de la Conférence nucléaire de l’ONU
CNRI, 1er mai 2026
La 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), ouverte à New York le 27 avril 2026, a provoqué une forte polémique après la nomination du régime iranien comme vice-président de la conférence. Plusieurs pays estiment que cette décision nuit à la crédibilité du TNP, car l’Iran est accusé de ne pas respecter ses engagements nucléaires et de limiter la coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Les États-Unis, les Émirats arabes unis, l’Australie, le groupe E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) ainsi que les pays nordiques ont exprimé des inquiétudes notamment sur l’enrichissement d’uranium iranien et le manque de coopération avec l’AIEA.
Par ailleurs, plus de 80 pays dirigés par Bahreïn ont condamné les actions régionales de l’Iran et ses perturbations du trafic maritime international.
Féminicide à Saravan
Le mari immole sa femme par le feu après une violente agression
Médias, 3 mai 2026
Mahsa Barahoui, une femme de 33 ans, a succombé à ses blessures après avoir été grièvement blessée et brûlée par son mari. Mère de trois enfants, elle est décédée samedi 2 mai 2026 dans un hôpital de Saravan, après deux jours d'hospitalisation.
L'agression a eu lieu jeudi soir à son domicile. Son mari, identifié comme Dehvari, l'a d'abord violemment battue et a tenté de l'étrangler. Face à sa résistance, il l'a aspergée d'essence et y a mis le feu.
Malgré l'intervention de voisins qui l'ont transportée dans un établissement médical, elle a succombé à ses blessures en raison de la gravité de ses brûlures et des retards de prise en charge.
Le suspect aurait été arrêté par la police vendredi et est actuellement en détention.
L'éradication totale de l'humanité
CNRI/Iran HRM/Tasnim, 3 et 4 mai 2026
À l’aube de ce dimanche 3 mai 2026, le jeune insurgé kurde, Mehrab Abdollahzadeh, 28 ans, a été exécuté à la prison d’Oroumieh pour avoir participé au châtiment d’un milicien du Bassidj lors du soulèvement de 2022. Aucune preuve judiciaire convaincante n’existait et Mehrab a rejeté point par point toutes les accusations.
Trois autres manifestants arrêtés lors des manifestations nationales de 2022 et de décembre 2025/janvier 2026 ont été pendus dans un lieu tenu secret à Machhad.
Les trois hommes ont été condamnés à mort et à la confiscation de leurs biens en vertu de la "Loi sur le renforcement des peines pour espionnage et coopération avec le régime sioniste et les pays hostiles" pour avoir mené des "actions opérationnelles" pour le compte de gouvernements hostiles contre la sécurité nationale les 8 et 9 janvier 2026.
Ces exécutions interviennent alors que Mohseni Eje’i, le juge en chef, ordonne à plusieurs reprises d’accélérer le prononcé et l’application des peines de mort.
Depuis le 18 mars, au moins 24 prisonniers politiques et quatre personnes accusées d'espionnage ont été exécutés
70% des exécutés depuis la guerre sont des prisonniers politiques
Rapport HRANA
Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran et l’intensification de la répression intérieure et des mesures de sécurité, l’Iran a accéléré l’émission et l’application de peines d’exécution dans des affaires politiques et liées à la sécurité.
Un nouveau rapport, publié aujourd'hui par HRANA, examine l'impact sur les prisonniers politiques et sécuritaires, en particulier ceux détenus lors des manifestations de janvier 2026, et constate que dans certains cas, les procédures ont évolué de manière inhabituellement rapide, avec des délais considérablement raccourcis entre l'arrestation, la condamnation et l'exécution.
Le rapport comprend également des détails sur les verdicts, ainsi que les noms des personnes concernées et des résumés de leurs cas.
Du 30 avril au 13 mai, au moins 22 prisonniers politiques ont été pendus, en très grande majorité, des jeunes.
Conférence à la salle Victor Hugo
Les conditions de l’avènement d’une République démocratique dans l’Iran libre de demain
CPID, 4 mai 2026
Le Comité Parlementaire pour un Iran Démocratique (CPID) a organisé une importante conférence consacrée à l’avenir démocratique de l’Iran, le 4 mai 2026 à l’Assemblée nationale à Paris.
Plus de 250 participants ont pris part à cet événement en présence des députés français, représentants de l’opposition démocratique iranienne, membres du Conseil national de la Résistance iranienne, défenseurs des droits humains et acteurs de la société civile ainsi que les représentants des différentes communautés ethniques iraniennes.
Dans ce colloque, ont été abordés les exécutions quotidiennes de jeunes insurgés ainsi que la lutte du peuple iranien contre un régime qui viole les droits les plus fondamentaux de la population.
L’héroïsme et la résistance des infirmières iraniennes lors du soulèvement de janvier 2026
wncri, 4 mai 2026
Tandis que le régime clérical, avec un mépris glaçant, cherchait à transformer les centres médicaux en extensions de ses cellules de détention, redéfinissant les crimes contre l’humanité par le sabotage des systèmes d’assistance vitale et l’enlèvement de blessés en pleine opération, la communauté médicale, et plus particulièrement les infirmières, s’est érigée en un rempart inébranlable de sacrifice de soi.
Celles qui ont été formées pour entretenir le souffle de vie au sein des unités de soins intensifs se sont retrouvées dans "l’unité de soins intensifs de la rue", protégeant la population de leurs propres corps face à une pluie de balles.
L’épopée des soins infirmiers durant ce soulèvement a été écrite par le défi de femmes qui ont honoré leur serment de soigner, même au prix de leur vie. Les figures lumineuses de cette lutte témoignent de cette vérité :
Samin Rostami, mère de deux enfants âgée de 42 ans et infirmière dévouée à l’hôpital Aram de Karaj, à l’ouest de Téhéran.
Mansoureh Heidari, l’histoire de Mansoureh et de son mari, Behrouz, est une chronique déchirante de dévotion. Alors qu’elle tentait désespérément d’administrer des soins au corps de son mari Behrouz tombé au sol, elle a été abattue par des tirs à balles réelles à Bouchehr.
Parvin Azizi, kurde yarsanie de 51 ans, elle est devenue un symbole vivant de la solidarité ethnique en Iran. Le 8 janvier 2026, dans la ville d’Andisheh, sa vie a été fauchée par des tirs à balles réelles.
Arrestations massives des avocates, manifestantes et aveux forcés d’une manifestante
HRANA/wncri, 8 mai 2026
Au moins 30 femmes liées aux manifestations de janvier en Iran sont détenues à la prison de Vakilabad à Machhad.
Beaucoup font face à des accusations telles qu’"inimitié envers Dieu","propagande contre l’État" et d’autres accusations pouvant entraîner de lourdes peines, voire l’exécution. Elles sont gardées dans le soi-disant "service de la paix" : un sous-sol d’isolement, de pression et de torture psychologique lente.
L’équipe féminine interdite de Jeux asiatiques par crainte de demandes d’asile
Médias, 9 mai 2026
La fédération de football justifie ce retrait par une "absence de perspective de médaille", un critère qui n’a pourtant pas été appliqué à l’équipe masculine depuis plus de deux décennies.
La Fédération iranienne de football a déclenché une vive polémique suite à sa décision d’interdire à l’équipe nationale féminine de participer aux prochains Jeux asiatiques de Nagoya, alors que la formation avait déjà décroché sa qualification parmi les douze meilleures nations d’Asie.
Cette décision semble être une réaction à certains "incidents", plus précisément aux défections de plusieurs joueuses survenues lors du précédent voyage de qualification de l’équipe en Australie.
Arrestation des sœurs d’Akbar Daneshvarkar, opposant exécuté
Médias, 11 mai 2026
Le régime iranien arrête les sœurs d’un opposant exécuté sur fond de pressions accrues contre les familles de victimes.
Akram et Azam Daneshvarkar, sœurs d’Akbar Daneshvarkar, prisonnier politique exécuté le 30 mars 2026, ont été arrêtées après avoir tenté à plusieurs reprises de récupérer le corps de leur frère. Les arrestations ont eu lieu le 18 avril 2026, après plusieurs jours de démarches infructueuses auprès de la prison de Qezel Hessar, de l’organisation de médecine légale et des bureaux judiciaires. Les forces de sécurité auraient interpellé les deux sœurs lors de l’une de ces visites.
Etudiant d’élite emprisonné refuse une "grâce" qu’il qualifie d’humiliation
CNRI/CSDHI, 13 mai 2026
AmirHossein Moradi, prisonnier politique et brillant étudiant de l’Université Sharif de technologie, a publié une lettre bouleversante depuis la prison d’Evin. Dans ce texte, il rejette fermement la proposition de libération présentée sous le nom de "grâce", dénonçant une mise en scène destinée à détourner l’attention de la vague d’exécutions qui frappe actuellement les prisonniers politiques en Iran.
Alors que six prisonniers politiques ont récemment été exécutés, AmirHossein Moradi décrit cette politique comme une mécanique de répression et de terreur visant celles et ceux qui osent contester le pouvoir. Pour lui, parler de « pardon » au moment où les pendaisons se multiplient revient à masquer la violence systématique exercée contre le peuple iranien.
120ème semaine de la campagne "Non aux exécutions du mardi"
pression continue sur les prisonnières politiques en Iran
wncri, 13 mai 2026
Pour la 120e semaine consécutive de la campagne "Non aux exécutions du mardi", des prisonniers politiques dans 56 établissements pénitentiaires d’Iran ont de nouveau lancé une grève de la faim, le mardi 12 mai 2026, en dépit de l’intensification de la pression sécuritaire et du durcissement des restrictions. La poursuite de ces protestations intervient alors que les autorités carcérales ont tenté, ces dernières semaines, de mettre un terme à la participation des détenus, et plus particulièrement à celle des prisonnières politiques, par le biais de menaces, de sanctions disciplinaires et de mesures restrictives accrues.
Pression sur les prisonnières politiques et leur familles
Zahra Safaei, Forough Taghipour, Marzieh Farsi, Elaheh Fooladi, Arghavan Fallahi, Shiva Esmaeili et Golrokh Iraee, qui avaient déjà été privées de visites familiales pendant 3 semaines pour leur participation au mouvement, ont été frappées d’une nouvelle interdiction de visite de 3 semaines après avoir de nouveau pris part aux protestations.
Le climat sécuritaire renforcé à la suite du déclenchement de la guerre, affirmant que le régime iranien a intensifié sa répression contre la société et la dissidence politique sous couvert de l’état de guerre. Le texte souligne par ailleurs qu’au moins 23 prisonniers politiques ou poursuivis pour des motifs de sécurité ont été exécutés depuis le début de l’année iranienne 1405.
Le communiqué met également en lumière la pression constante exercée sur les familles des suppliciés, notant que, même après 40 jours, les dépouilles de plusieurs prisonniers politiques exécutés, dont Vahid Bani Amerian, Pouya Ghobadi, Babak Alipour, Akbar Daneshvar Kar, Mohammad Taghavi et Abolhassan Montazer, n’ont toujours pas été restituées à leurs proches.
Un autre manifestant exécuté et sa fille emprisonnée
Médias, 14 mai 2026
Le manifestant Mohammad Abbasi a été exécuté à l'aube de ce 13 mai à la sinistre prison de Qezel Hessar en banlieue de Téhéran. Accusé de "guerre contre Dieu" il avait été arrêté durant le soulèvement de janvier, ainsi que sa fille Fatemeh. Il a été condamné à mort et sa fille à 25 ans de détention. Sa famille avait été appelée ce matin à la prison pour une visite, mais elle n'a pas pu avoir lieu. C'est alors qu'ils ont reçu un appel leur apprenant que l'exécution avait eu lieu.
PEN America 2026 décerné à Golrokh Iraee
PEN America a décerné son prix 2026 de la Liberté d’écrire à Golrokh Iraee, écrivaine et prisonnière politique incarcérée au quartier des femmes de la prison d’Evin, lors de sa gala littéraire annuel à New York. La militante des droits humains Fariba Rad a assisté à la cérémonie en l’absence de Golrokh.
Golrokh Iraee à PEN America : Nous écrivons, même si notre liberté est enchaînée…