Bulletin bimensuel d’informations sur les
droits humains en Iran
ASSOCIATION
DES FEMMES IRANIENNES EN FRANCE
Exécution des prisonniers politiques en pleine guerre et nouvel an iranien
Alors que l'attention mondiale est focalisée sur le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le résidu de la théocratie intensifie la répression interne. Menacé surtout par une population qui exige un changement radical face à la corruption et à l'incompétence, le régime utilise la peine de mort comme ultime outil de terreur pour assurer sa survie et compenser son manque total de légitimité politique, religieuse et moral.
Malgré les supplications poignantes de leurs familles et les protestations de la communauté internationale, le régime clérical a exécuté ces derniers jours plusieurs prisonniers politiques, notamment,
Akbar Daneshvarkar, 58 ans, ingénieur en génie civil,
Babak Alipour, 34 ans, juriste,
Pouya Ghobadi, 33 ans, ingénieur en électricité,
Vahid Baniamerian, 32 ans, étudiant d'élite titulaire d'un MBA et professeur de physique, et
Accusés d’appartenance à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), et condamnés à m0rt à l’issue de procédures dénoncées comme profondément injustes, ces vaillants résistants ont été pendus arbitrairement et en secret à la prison de Qezelhessar. Leurs familles et avocats n'ont pas été informés au préalable.
ONU-Iran
Le Conseil des droits de l'homme alerte sur l'escalade guerrière au Moyen-Orient
OHCHR – HCR 61, 16 mars 2026
Le forum suprême des Nations unies pour les droits de l'homme s'est réuni à Genève le lundi 16 mars, dans un climat de vive inquiétude face au bilan civil croissant du conflit au Moyen-Orient. La guerre, déclenchée par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, a entraîné des ripostes de Téhéran contre les États du Golfe et des échanges de tirs intenses entre Israël et le Hezbollah au Liban.
Un bilan civil tragique en Iran
Sara Hossein, présidente de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits, a dressé un constat alarmant de la campagne aérienne lancée le 28 février par les États-Unis et Israël :
. Massacre d'écolières : Une frappe a détruit une école à Minab (sud de l'Iran), tuant plus de 168 personnes, majoritairement des fillettes dès l'âge de 7 ans.
. Infrastructures vitales touchées : Des zones résidentielles, des dépôts de carburant et une usine de dessalement ont été détruits.
Lors de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (23 février - 31 mars 2026), Sara Hossain a présenté un rapport exhaustif décrivant une situation des droits humains profondément préoccupante dans le pays. S’appuyant sur une documentation étendue et des témoignages directs, elle a mis en garde contre la poursuite d’une répression systématique et l’intensification des violations des droits fondamentaux, ciblant tout particulièrement les femmes.
La Rapporteuse spéciale Mai Sato a précisé que 1 000 civils auraient déjà péri, et que des hôpitaux ainsi que des sites classés au patrimoine mondial ont été visés. Elle évoqué la crise humanitaire et environnementale, que les frappes sur les infrastructures pétrolières provoquent des catastrophes toxiques dans un pays déjà en pénurie d'eau. On compte désormais 3 millions de déplacés internes, aggravés par l'absence de sirènes d'alerte et d'abris antiaériens fonctionnels.
L'Iran entre marteau et enclume
Les experts soulignent que le peuple iranien est pris au piège entre une campagne militaire étrangère d'envergure et la répression continue de son propre gouvernement.
Détérioration alarmante des conditions de détention à la prison d’Evin
Activistes, 17 mars 2026
Selon des témoignages recueillis auprès des familles de détenus, les conditions de vie au sein de la prison d’Evin se sont considérablement dégradées ces derniers jours. Les prisonniers font face à des pénuries critiques de produits de première nécessité, plongeant l'établissement dans une situation humanitaire de plus en plus préoccupante.
Un quotidien de plus en plus précaire
Le quartier des femmes, où sont actuellement incarcérées environ 200 détenues, est particulièrement touché. Leur quotidien est marqué par les coupures répétées d’eau chaude, pénuries graves de produits essentiels et de médicaments.
Les autorités soudent les portes d’Evin, mettant en péril les détenus.
Pendaisons publiques de trois manifestants à la veille de Norouz
Mizan/IranHRM, 19 et 20 mars 2026
Au 21ème jour de la coupure massive d’Internet et à la veille du Nouvel An iranien, les autorités ont exécuté trois jeunes hommes arrêtés lors du soulèvement de janvier 2026. Au matin de jeudi 19 mars, Saleh Mohammadi 19 ans, champion national de lutte, Mehdi Ghasemi et Saeed Davoodi, 21 ans, ont été pendus en public dans la ville sainte de Qom.
Les accusations portées contre ces jeunes, alléguant le "meurtre d’agents", reposaient uniquement sur des scénarios sécuritaires et des aveux extorqués sous la torture brutale en isolement cellulaire.
Des dizaines d'autres manifestants arrêtés en janvier ont été condamnés à mort par le régime et restent menacés d'exécutions similaires, parmi lesquels des enfants et des adolescents.
En outre, des dizaines de milliers de détenus depuis janvier, et des centaines d'individus arrêtés pendant la guerre actuelle, courent le grave risque de procès accélérés pouvant aboutir à davantage de condamnations à mort.
Vague d’arrestations, de disparition et de répression à grande échelle
ONGs/AFIF, 22… mars 2026
La situation actuelle en Iran est marquée par une recrudescence alarmante de la répression. En ce début d'année 1405 le pays traverse une période de troubles intenses, mêlant instabilité politique interne et contexte de guerre.
Les chiffres officiels avancé par le régime évoquent environ 3 000 arrestations, mais les ONG estiment que le bilan réel pourrait dépasser plusieurs dizaines de milliers de citoyens à travers tout le pays.
La répression frappe indistinctement des figures de la société civile, notamment : artistes et intellectuels, activistes , familles des prisonniers politiques… les autorités s'en prennent désormais aux proches de dissidents exilés pour faire pression sur ces derniers.
Accélération brutale des détentions
Les conditions de détention sont extrêmement préoccupantes, avec des signalements systématiques de torture, d'aveux forcés diffusés à la télévision d'État et de disparitions forcées. De nombreux manifestants arrêtés risquent une exécution imminente à la suite de procès expéditifs.
La célébration de Norouz, traditionnellement synonyme de joie, est ainsi assombrie pour des milliers de familles iraniennes dont les proches sont actuellement derrière les barreaux ou portés disparus.
Long silence numérique pour cachet la répression
Médias/AFIF, 22… mars 2026
Au-delà des arrestations, la société iranienne subit actuellement ce que les experts de NetBlocks qualifient de plus longue coupure nationale d'Internet jamais enregistrée dans un pays.
Depuis le début de la vague de protestations et l'intensification du conflit militaire fin février/début mars, la coupure est quasi totale. Elle a officiellement dépassé tous les records précédents de blocage à l'échelle d'une nation entière.
Le trafic internet global en Iran est tombé à seulement 4 % de son niveau habituel. Seul le Réseau National d'Information (l'intranet contrôlé par l'État) reste partiellement accessible pour les services administratifs et bancaires essentiels.
Le gouvernement utilise cette coupure comme une arme de guerre et de répression interne pour isoler la population, empêcher la diffusion d'images des frappes militaires (américano-israéliennes) et des victimes civiles. Et entraver la coordination, bloquer l'organisation des manifestations et des mouvements de résistance civile qui ont suivi l'annonce de la mort du guide suprême.
Nous craignons que ce silence numérique ne serve à couvrir les massacres et les exécutions dans les prisons sans que le monde ne puisse intervenir en temps réel. Cette coupure ne touche pas seulement les activistes ; elle paralyse l'économie, empêche les familles de se donner des nouvelles durant Norouz et isole totalement les étudiants et les chercheurs. C'est un véritable siège numérique.
D'Evin à Chabahar : Les prisonniers entre les flammes de la guerre et les salves des Gardiens
Iran HRM, 22 mars 2026
Alors que l'Iran entame son 22e jour de coupure nationale d'Internet, des rapports vérifiés révèlent un crime atroce commis entre les murs de la prison de Chabahar.
Dans les premières heures du mercredi 18 mars 2026, des prisonniers baloutches manifestaient contre la privation de leurs rations alimentaires. Les forces de sécurité ont répondu à ces protestations par des tirs à balles réelles dirigés directement sur les détenus. Le bilan fait état de plusieurs morts et de dizaines de blessés parmi les prisonniers…
Le blâme unanime du Conseil des droits de l’homme de l’ONU marque un tournant vis-à-vis du régime iranien
CSDHI, 26 mars 2026
Un consensus mondial condamnant l’agression régionale du régime iranien souligne l’échec de l’apaisement et l’urgence d’une responsabilisation.
Dans une démonstration inhabituelle d’unité internationale, le Conseil a adopté une résolution unanime condamnant les récentes attaques de missiles et de drones du régime iranien à travers la région du Golfe Persique.
La décision, prise lors d’une session d’urgence à Genève à la demande des États du Golfe, représente plus qu’un simple geste diplomatique de routine — elle signale un possible point d’inflexion dans la manière dont la communauté internationale fait face au comportement déstabilisateur de Téhéran.
La résolution du Conseil des droits de l’homme, présentée conjointement par Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie, condamne les frappes du régime iranien contre les États de la région ainsi que sa fermeture de facto du détroit d’Ormuz.
Elle appelle en outre à une compensation pour les dommages infligés aux infrastructures civiles et aux économies — une reconnaissance explicite de l’ampleur et des conséquences de ces attaques. Cette unanimité rare est politiquement significative.
Ecole bombardée en Iran : le chef des droits de l’homme de l’ONU réclame "justice"
AFP, 27 mars 2026
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a fustigé vendredi "l'horreur profonde" du bombardement meurtrier d'une école iranienne le 28 février, exhortant Washington à conclure rapidement son enquête et à "rendre justice" : "Le bombardement de l'école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab a provoqué une horreur profonde", a déclaré Volker Türk devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, soulignant qu'"il revient aux auteurs de l'attaque d'enquêter rapidement, impartialement, de manière transparente et approfondie".
"Les images de salles de classe bombardées et de parents en deuil ont clairement montré qui paie le prix le plus élevé de la guerre : les civils, qui n'ont aucun pouvoir sur les décisions qui ont mené au conflit".
En session annuelle à Genève, le Conseil tenait vendredi une réunion d'urgence sur la sécurité des enfants dans le conflit au Moyen-Orient, après le bombardement mortel de l'école de Minab, dans le sud du pays, qui a selon Téhéran a fait plus de 165 morts.
114ème mardi de grève de la faim contre les exécutions en Iran
AFIF, 31 mars 2026
Les prisonniers participant à de la campagne" Non aux exécutions du mardi" ont annoncé la poursuite de la grève de la faim coordonnée dans 56 prisons à travers le pays.
Ce mouvement, d'une résilience exceptionnelle, constitue aujourd'hui le cœur battant de la résistance intérieure en Iran. En atteignant sa 114ème semaine consécutive en ce début d'année 1405, dépasse le simple cadre de la contestation carcérale pour devenir un défi politique majeur au régime.
Les parents d’Akbar Daneshvarkar et de Pouya Ghobadi, des opposants exécutés il y a quelques jours, faisaient partie des familles actives mobilisées au sein de cette campagne pour la justice. Durant deux années, ils ont participé sans relâche à des rassemblements hebdomadaires, réclamant la fin des exécutions, en toutes circonstances et pour tous.
Campagne de recrutement d'enfants-soldats en Iran
France 24, 31 mars 2026
Les Gardiens de la révolution ont lancé, en pleine guerre, une campagne officielle en Iran visant à recruter des enfants dès 12 ans pour ce qu’ils appellent la "défense de la patrie".
Selon l'agence de presse iranienne ANA, cette campagne de recrutement s'adresse aux garçons et aux filles. Les jeunes recrues pourraient participer à des opérations de renseignement, "à des contrôles d'identité et à des patrouilles opérationnelles", mais aussi effectuer des tâches logistiques comme la préparation des repas, la distribution "d'articles nécessaires" aux combattants ...
Les ONG dénoncent des risques mortels et rappellent que l’utilisation de mineurs constitue un crime de guerre selon le droit international.
La mort tragique d’Alireza Jafari, âgé de 11 ans, illustre cette réalité. Il a été tué le 11 mars lors d'une attaque de drone israélienne visant les forces de sécurité iraniennes sur un check-point de l'autoroute Artesh à Téhéran.
Dans une interview avec le quotidien iranien Hamshahri publiée le 15 mars, Sadaf Manfard, la mère de l'enfant, a expliqué que la nuit de l'attaque, le père d'Alireza lui avait expliqué qu'en raison d'un "manque de personnel", il devait emmener son fils avec lui afin qu'il soit "préparé pour les jours à venir". Le père est mort lui aussi dans cette attaque.