Situation des Femmes en Iran

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28 juin 2005

Une femme politique moderne : Maryam Radjavi

16 juin 2005
Je commencerai par une phrase de Ali Shari’Yati, un auteur moderne tué par la police secrète du Chah avant la Révolution. "L’Islam est la plus avancée des religions célestes, mais la moins chanceuse à cause des hommes." Née en 1953 à Téhéran dans une famille de la classe moyenne, Maryam Radjavi est ingénieure en métallurgie. Sa sœur Narguèsse a été exécutée par la police secrète du Chah et une autre de ses sœurs, Massoumeh, est morte sous la torture dans les geôles des Mollahs. Elle était alors enceinte. Maryam a une fille de 22 ans, Achraf.

C’est un personnage très intéressant pour une raison évidente : elle préside un mouvement politique. Rares sont les femmes accédant à une position importante dans un gouvernement ou un grand mouvement politique. Elle fut élue présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), principale opposition politique au régime des Mollahs actuellement au pouvoir en Iran. Ce mouvement est basé à Auvers-sur-Oise, en France, depuis 25 ans.

Les enjeux politiques poussent toujours à mettre en avant un homme avec une image charismatique, un homme fort, symbole de grandeur, de courage et de ténacité. Occident, Orient, même tendance. Cette fois-ci, une femme s’impose comme chef politique avec un charisme certain, un sens diplomatique évident et une détermination qui fait envie. Très entourée de femmes comme d’hommes, l’image de ce mouvement permet de se poser la question de l'image à donner. Les femmes peuvent-elles tout faire?

Maryam Radjavi rejoint le mouvement contre le Chah au début des années 1970, devenant rapidement une dirigeante du mouvement étudiant. Elle adhère ensuite aux Modjahedines du Peuple, une organisation musulmane qui s’oppose ouvertement à la dictature du Chah. Après le renversement de ce dernier, elle est candidate à Téhéran aux élections législatives en 1980. Malgré les fraudes massives, elle remporte un quart de million de voix. Assez étonnant pour une femme à cette époque-là! Ne ménageant pas son énergie, elle fait partie des principaux organisateurs de deux manifestations non-violentes contre le régime de Khomeiny, en avril et juin 1981. Khomeyni procède à des dizaines de milliers d’arrestations arbitraires et d’exécutions. Elle est menacée et s’exile à Paris. Elle rejoint le siège politique du mouvement en 1982. En 1985, elle se fait élire co-dirigeante des Modjahedines. En 1989, elle en devient la secrétaire générale. Finalement, le CNRI l’élit présidente de la République pour la période de transition après le renversement des Mollahs.

En 1995, elle présente la Charte des libertés fondamentales, un programme qui garantit le respect des droits de l’homme en Iran dans l’Iran post-théocratique. Durant un voyage en Norvège, en octobre 1995, elle rencontre de nombreuses personnalités politiques et culturelles et prononce un discours intitulé "Un message de tolérance". Lors d’une visite à Londres en 1996, elle met en garde l’Occident de ne pas fermer les yeux sur la menace croissante de l’intégrisme islamique et de son exportation par le régime intégriste. J’ai noté personnellement sa popularité parmi les femmes et les jeunes, et cela inquiète beaucoup le régime iranien qui ne pensait sûrement pas qu’une femme pouvait fédérer aussi bien sinon mieux qu’un homme. Une femme est-elle plus efficace, crédible, motivante dans un combat politique qu’un homme? Que recherche-t-on chez une femme que l’on ne peut trouver chez un homme, symbole souvent de traditionalisme, de force brute et d’autoritarisme?

Considérant que nous parlons de "mentalité orientale", pouvons-nous penser que l’Orient montre un chemin innovant et porteur à l’Occident qui se prévaut souvent d’un certain avant-gardisme Depuis un certain temps, le régime iranien utilise le chantage de contrats commerciaux avec des gouvernements occidentaux pour contrer ce qui semble la notoriété grandissante de Madame Radjavi et de son mouvement politique d’opposition. Le 17 juin 2003, la police française prend d’assaut sa résidence et les bureaux du CNRI. Divers observateurs ont déclaré que cela relevait d’un marchandage entre Téhéran et Paris.

Source : Ruby Bird pour Femmes de la francophonie

csdhi

Les Iraniennes en révolte