05 mai 2026

AFIF INFOS Avril (2/2) 2026

Bulletin bimensuel d’informations sur les droits humains en Iran
ASSOCIATION DES FEMMES IRANIENNES EN FRANCE

Halte aux exécutions ! 1988 n’est pas fini !
Les prisonniers politiques exécutés dans la continuité d’un crime impuni
Alors que l’Iran est engagé dans un contexte de tensions extérieures, les autorités intensifient les pendaisons quasi quotidiennes de dissidents, marquant une volonté de répression interne systématique et une logique de terreur toujours impunie.
Les exécutions de prisonniers politiques et de manifestants arrêtés lors des mobilisations de janvier suscitent une profonde alerte. Prononcées à l’issue de procédures opaques et entachées de graves violations des droits fondamentaux, elles traduisent une escalade de la répression et une situation intolérable.
Parmi les personnes exécutées figurent notamment huit membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple, mouvement d’opposition historique aux régimes successifs. Leur exécution en nombre significatif, comme en 1988, renforce les inquiétudes quant à la répétition de schémas de répression de masse.
Ces événements font écho au massacre des prisonniers politiques de 1988, durant lequel plusieurs milliers de détenus politiques ont été exécutés. Ils rappellent combien l’absence de justice pour les crimes passés nourrit leur répétition.
Seule la mémoire, soutenue par la vigilance, peut empêcher que ces violations sombrent dans l’oubli ou l’indifférence.

Les droits humains en Iran : Bilan 2025/2026
Rapport annuel d’Amnesty International, 21 avril 2026
« Le conflit armé entre l'Iran et Israël a entraîné des morts parmi les civils et des violations du droit international humanitaire. Les autorités iraniennes ont instrumentalisé ce conflit pour intensifier la répression intérieure. Des milliers de personnes ont été détenues arbitrairement, interrogées, harcelées et/ou poursuivies injustement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux.
Les autorités ont eu recours à la force et aux armes à feu de manière illégale pour disperser les manifestations, causant des morts. Les femmes et les filles, les personnes LGBTI et les minorités ethniques et religieuses ont subi des discriminations et des violences systémiques. Le port du voile a été imposé. Plus de 1,8 million d'Afghans ont été expulsés illégalement ou contraints de retourner en Afghanistan.
Les disparitions forcées, la torture et autres mauvais traitements étaient généralisés et systématiques. Des châtiments corporels assimilables à de la torture, tels que la flagellation et l'amputation, ont été infligés. Les procès sont restés systématiquement inéquitables. La peine de mort a été appliquée arbitrairement et de manière disproportionnée contre les minorités. Le nombre d'exécutions a atteint un niveau record depuis 1989. L'impunité systémique a prévalu pour les crimes contre l'humanité et autres crimes de droit international, passés et actuels. Les autorités n'ont pas remédié à la dégradation de l'environnement qui a contribué à des milliers de morts… »

Exécution d'Amir-Ali Mirjafari, manifestant de janvier
HRANA/euronews.com, 21 avril 2026
Selon Mizan, l'agence de presse du pouvoir judiciaire, Amir-Ali Mirjafari a été pendu à l'aube aujourd'hui après que sa peine capitale a été confirmée par la Cour suprême. 
Ce manifestant est pendu pour avoir prétendument comploté l'incendie d'une mosquée de Téhéran et collaboré avec Israël et les États-Unis, alors que les groupes de défense des droits de l'homme dénoncent l'augmentation du nombre d'exécutions.
Il faut noter qu'à la suite du déclenchement du conflit militaire entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le 28 février 2026, les exécutions de prisonniers accusés d'atteintes à la sécurité politique se sont accélérées.
D’après le rapport annuel de la HRANA, au moins 2 063 personnes, dont 61 femmes et 2 mineurs délinquants, ont été exécutées en 2025. Parmi elles, 11 exécutions ont eu lieu en public. Durant la même période, 172 autres personnes ont été condamnées à mort.

Vague d’arrestations de femmes, torture et opacité judiciaire
HRANA/wncri, 22 et 24 avril 2026
Dans le sillage d’une vague croissante d’arrestations visant des femmes et des adolescentes dans plusieurs villes iraniennes, de nombreuses informations font état des conditions d’interpellation, de détention et du statut juridique des personnes arrêtées. 
Arrêtée souvent à leur domicile par les forces de sécurité, les personnes visées sont transférée vers un lieu tenu secret.
Ces arrestations, souvent marquées par l’ambiguïté, le déni d’accès à un avocat et l’absence de notification aux familles, accentuent les graves inquiétudes concernant les violations des droits humains et l’état des prisons en Iran. 

25 ans de prison pour une mère de famille après des aveux forcés
wncri, 24 avril 2026
Des aveux forcés conduisent à une peine de 25 ans de prison pour une mère de famille après les manifestations en Iran
Fatemeh Abbasi, une mère de famille de 34 ans qui compte parmi les milliers de personnes interpellées lors des manifestations de janvier 2026 en Iran, a été transférée à la prison d’Evin. 
Arrêtée aux côtés de son père, elle vient d’être condamnée à une lourde peine de 25 ans de réclusion criminelle suite à l’extorsion d’aveux sous la torture.
Son père, Mohammad Abbasi, encourt quant à lui la peine capitale dans le cadre de la même affaire.

Le meurtre d’une fillette de 9 ans scandalise le Baloutchistan
wncri, 24 avril 2026
Le corps mutilé et carbonisé d’une fillette de neuf ans, identifiée comme Fatemeh Zahra Hosseinbar, a été découvert quatre jours après son enlèvement dans la ville de Gascht (sud-est).
Le vendredi 17 avril 2026, cette fillette aurait été enlevée par des individus armés circulant à bord d’un véhicule Peugeot non immatriculé. Sa dépouille a été retrouvée ultérieurement parmi des tas d’ordures à la périphérie de la ville, où elle avait été brûlée.
C’est le lundi 20 avril que des habitants ont fait la macabre découverte. Selon des sources locales, les deux mains de l’enfant avaient été tranchées. En raison de la gravité des brûlures, le corps n’était pas identifiable immédiatement. Son identité n’a été confirmée qu’après que sa mère, conduite sur les lieux, a reconnu la plante de ses pieds.
Fatemeh Zahra Hosseinbar a été inhumée le mardi 21 avril au cimetière de Gascht. Ses obsèques ont attiré une foule considérable dans une atmosphère de profonde douleur. Les rues et les routes menant au cimetière étaient envahies par des personnes venues exprimer leur solidarité avec la famille Hosseinbar.
Les organisations de défense des droits humains au Baloutchistan indiquent que ce crime s’inscrit dans un cycle de violence alarmant. Selon des données documentées pour l’année 2025, au moins 45 enfants ont été tués ou blessés au Baloutchistan. 

Conférence à Paris 
"Iran : Comment sortir de l’impasse historique ? " 
Un appel unanime à soutenir l’alternative démocratique
CSDHI, 25 avril  2026 
Le jeudi 23 avril 2026, une conférence-débat s’est tenue à Paris Centre, réunissant des personnalités politiques françaises, des experts juridiques et des représentants de la Résistance iranienne. 
Face à une actualité marquée par l’escalade des tensions régionales et une vague d’exécutions sans précédent en Iran, la question centrale de la soirée était cruciale : Comment sortir de l’impasse historique ? La réponse des intervenants a été unanime : ni guerre étrangère, ni complaisance, ni retour à la dictature monarchique, mais un soutien indéfectible au peuple iranien et à sa Résistance organisée…
. La solidarité indéfectible des élus français
. Un hommage bouleversant aux martyrs des Unités de Résistance
L’alternative démocratique face au chaos

Erfan Kiani, jeune insurgé d’Ispahan, exécuté
ONGs, 25 avril 2026
Arrêté le 8 janvier, Erfan Kiani, l'un des participants aux soulèvements populaires de janvier 2026, a été exécuté par les autorités iraniennes le 25 avril.
Selon l'agence de presse Tasnim, Erfan a été pendu à Ispahan, dans un lieu non précisé. Il aurait "avoué" avoir participé à des incendies criminels de biens publics et privés. Il avait été condamné à mort pour "moharebeh", pour avoir brandi une machette, dans le but "d'intimider et de terroriser la population, d'afficher son pouvoir, de bloquer des rues et d'inciter à la guerre et au meurtre".
Au moins 30 manifestants de janvier ont été condamnés à mort et des centaines d'autres risquent d'être poursuivis ou condamnés à la peine capitale.
15 autres personnes ont été condamnées à des peines de prison à Ispahan.
Efan Kiani est le 9ème manifestant exécuté en lien avec les manifestations de décembre 2025/janvier 2026. 

Un prisonnier politique baloutche exécuté à Zahedan
Haal Vsh/HRANA/IHR, 26 avril 2026
Amer Ramesh accusé d'infractions liées à la sécurité, notamment de "rébellion armée" et d'appartenance au groupe armé antiétatique, a été exécuté.
Les aveux de ce prisonnier politique baloutche affilié à Jaysh al-Adl, obtenus sous la torture, avaient déjà été diffusés par les médias d'État. Il est le 10ème prisonnier politique affilié à des groupes d'opposition interdits, à être exécuté au cours du mois écoulé.
Haal Vsh a rapporté que l'exécution a eu lieu à la prison centrale de Zahedan et qu'Amer a été privé de ses dernières volontés. Amer avait 18 ans lorsqu'il a été abattu et arrêté le 2 octobre 2024 alors qu'il travaillait dans une herboristerie du village de Balingi, dans le comté de Chabahar. Lors du raid, "les forces de sécurité ont utilisé des armes légères et semi-lourdes, notamment des lance-roquettes et des mortiers, faisant au moins trois morts et deux blessés".

Une 3ème manifestante condamnée à mort 
Free Iran, 26 avril 2026
Les autorités iraniennes ont condamné à mort Maryam Hodavand, une prisonnière politique détenue au quartier des femmes de la prison d’Evin, pour sa participation aux manifestations de 2026. Maryam Hodavand est la troisième manifestante à faire face à une exécution ces derniers mois. Plusieurs sources font état d’un manque total de transparence dans le processus judiciaire, du déni de son droit de choisir un avocat et du fait que le dossier repose sur des aveux obtenus sous la pression.

"Non aux exécutions"
118e mardi de grève de la faim dans 56 prisons 
AFIF, 28 avril 2026
Malgré les menaces des autorités, la campagne "Non aux exécutions du mardi" entame sa 118e semaine consécutive de grève de la faim hebdomadaire. Le mouvement touche désormais 56 centres de détention dans presque toutes les provinces.
Dans leur communiqué de cette semaine, les grévistes, pour la plupart des prisonniers politiques, dénoncent une dégradation brutale de leurs conditions sous couvert d'une "posture de guerre" adoptée par le régime. Ils alertent une instrumentalisation de la peine de mort à des fins politiques et soulignent que la multiplication des exécutions agit comme un levier de dissuasion systématique : en instaurant la peur, les autorités cherchent à verrouiller l'espace public et à paralyser préventivement toute future vague de protestation. 
Ils exhortent la communauté internationale et la mission d'établissement des faits de l'ONU à faire pression sur Téhéran et à obtenir l'autorisation de visiter les prisons et les centres de détention.

La famille de Narges Mohammadi, affirme que son maintien en prison équivaut à une condamnation à mort
The Gardian, 29 avril 2026  
La famille et les avocats de la militante iranienne Narges Mohammadi tirent la sonnette d'alarme sur son état de santé, jugé critique. Actuellement détenue à la prison de Zanjan, elle présente des symptômes inquiétants. Elle a subi une possible crise cardiaque le mois dernier et souffre de douleurs thoraciques persistantes ainsi que d'une tension artérielle dangereusement instable. Elle a perdu près de 20 kg, un affaiblissement attribué à ses années de détention et à ses multiples grèves de faim.
Les spécialistes affirment que les installations de Zanjan sont inadéquates. Elle nécessite une intervention chirurgicale et un suivi par son équipe médicale spécialisée à Téhéran.
En février 2026, elle a été condamnée à sept ans et demi de prison supplémentaires.
Au total, elle a accumulé 44 ans de condamnation au cours de sa vie et fait face à 154 coups de fouet pour son activisme en faveur des droits des femmes et contre la peine de mort.
Ses enfants, Kiana et Ali Rahmani, basés à Paris, ainsi que son frère en Norvège, appellent la communauté internationale à briser le silence. Ils décrivent une femme "épuisée" physiquement mais dont le courage reste intact. Pour son entourage, maintenir Narges Mohammadi en détention dans ces conditions s'apparente à une "condamnation à mort".
La fondation qui porte son nom demande une suspension immédiate de sa peine pour raisons médicales, affirmant que chaque jour passé derrière les barreaux met sa vie en péril immédiat.

ONU-Iran
La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme met en garde contre une répression croissante en Iran dans un contexte de conflit
UN News, 29 avril 2026
Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a averti mercredi que les droits des Iraniens étaient bafoués de manière "dure et brutale", citant une recrudescence des exécutions, des arrestations massives et des exactions présumées dans un contexte de répression croissante de la dissidence durant le conflit en cours.
Volker Türk, s'est dit "consterné de constater que, outre les conséquences déjà graves du conflit, les droits du peuple iranien continuent d'être bafoués".
Au moins 21 personnes ont été exécutées et plus de 4 000 arrêtées depuis fin février pour des accusations liées à la sécurité nationale, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Parmi les personnes exécutées figurent des individus liés aux manifestations, des membres présumés de groupes d’opposition et des personnes accusées d’espionnage.
M. Türk a souligné que, même en temps de guerre, les protections fondamentales doivent être respectées.
"En temps de guerre, les menaces qui pèsent sur les droits de l’homme augmentent de façon exponentielle", a-t-il déclaré, ajoutant que les droits fondamentaux tels que la protection contre la détention arbitraire et le droit à un procès équitable "doivent être respectés absolument, en toutes circonstances"...

Exécution de Hanifeh Avandi, victime d’un mariage forcé à 17 ans
11ème femme pendue depuis le début de l’année
HRANA/AFIF, 30 avril 2026
Le dimanche 19 avril 2026 au matin, Hanifeh Avandi, une turque de 24 ans originaire de Tabriz, a été exécutée à la prison centrale de Tabriz. Elle avait été condamnée à mort pour meurtre.
Contrainte au mariage à 17 ans sous la pression familiale, elle était accusée d’avoir tué son époux il y a cinq ans, après environ 11 mois de vie commune. Un médecin de la prison, évoquant son état mental, a déclaré qu'elle avait souffert de troubles psychologiques durant son incarcération et qu'elle était suivie médicalement. Le médecin a également souligné l'injustice de la situation et a estimé que sa condamnation à mort était injustifiée.

Exécution d’un manifestant de 21 ans suscite l’indignation
CSDHI, 30 avril 2026 
L’exécution de Sasan Azadvar Junaqani, jeune athlète détenu lors des récents troubles, a eu lieu mercredi matin à Ispahan.
Alors que les autorités le décrivent comme un attaquant violent agissant contre la sécurité de l’État, des groupes de défense des droits humains soutiennent que les preuves contre lui restent floues et que l’affaire a été marquée par de graves préoccupations juridiques et au respect de la procédure régulière.
L’affaire de Sasan Azadvar Junaqani intervient dans un contexte d’augmentation plus large des exécutions en Iran liées à des accusations de sécurité. Les autorités insistent sur le fait que de telles actions sont nécessaires pour maintenir l’ordre, en particulier pendant les périodes de troubles.

Iran : la population prise en étau entre la guerre et une répression brutale
Amnesty International, 30 avril 2026
En Iran, la population est prise au piège. Une répression sanglante du régime iranien contre son propre peuple. Et un conflit régional qui a déjà coûté la vie à des milliers d’Iraniens.  
Malgré le cessez-le-feu actuel entre les États-Unis et l’Iran, la situation demeure fragile et temporaire, menaçant la vie de millions de civil·es. Nous appelons à un cessez-le-feu durable dans la région.
Depuis des années, nous documentons, nous alertons et dénonçons les crimes commis en Iran. Il est temps que l’impunité cesse. 
En Iran, la répression est sanglante. Depuis des décennies, la société iranienne est maintenue sous le contrôle strict du régime des Mollahs. Les autorités iraniennes ne reculent devant rien pour faire taire celles et ceux qui se lèvent pour leurs droits et réclament la fin de décennies d’oppression. 
Face aux graves violations contre les droits humains dont sont victimes les Iranien·nes dans le pays, Amnesty International se mobilise depuis de nombreuses années. Sur place, notre équipe récolte des preuves, recueille des témoignages, et compile des informations cruciales pour documenter ces crimes.