06 janvier 2026

AFIF INFOS Décembre (2/2) 2025

Bulletin bimensuel d’informations sur les droits humains en Iran
ASSOCIATION DES FEMMES IRANIENNES EN FRANCE
                                                                         
Plus de 2200 exécutions dans 91 villes en 2025
64 femmes, 13 exécutions publiques
un record sinistre après 37 ans de répression par le régime iranien
Ces données indiquent un recours accru à la peine de mort comme instrument de répression, dont l’inefficacité est illustrée par les mouvements de protestation observés à la fin de l’année 2025 qui continuent et prend l’ampleur.

Maryam Akbari Monfared privée de soins en prison, risque d’opération du genou
wncri, 18 décembre 2025 
Maryam Akbari Monfared, prisonnière politique de longue date, détenue actuellement à la prison de Qarchak, est privée d’un accès régulier à des soins médicaux spécialisés, malgré les avertissements de son médecin sur les risques graves pour sa santé, pouvant aller jusqu’à une intervention chirurgicale au genou. 
Bien que son transfert vers des centres spécialisés ait été approuvé par les autorités compétentes, l’administration pénitentiaire conditionne la poursuite de son traitement à des structures publiques inadaptées et ignore sa demande de soins appropriés à ses frais.
Cette mère de trois filles, arrêtée en 2009 a purgé 15 années d’emprisonnement en exil. Elle a été transférée à la prison de Qarchak en novembre 2024, afin de commencer l’exécution d’une nouvelle peine de 2 ans pour "propagande contre le régime et diffusion de fausses informations".
Des membres de sa famille ont également été victimes des exécutions massives des années 1980, notamment du massacre des prisonniers politiques de 1988. 
Après Zeynab Jalalian, Maryam Akbari Monfared  figure parmi des prisonnières politiques les plus anciennement détenues en Iran. 

"Droits humains, résistance et réalités contemporaines"
Conférence sur l’Iran à la Sorbonne - 16 décembre 2025
CSDHI/AFIF, 19 décembre 2025 
La branche Droits humains de Sorbonne ONU (SONU) a organisé, le 16 décembre 2025 à Sorbonne Université, une conférence consacrée à la situation des droits humains en Iran, aux dynamiques de la résistance et aux réalités politiques et sociales contemporaines du pays.
La conférence, co-modérée par les responsables de la branche Droits humains de SONU, et a réuni des représentantes de la société civile dont CSDHI et AFIF, des expertes, ainsi que des témoins directs, offrant une approche à la fois analytique, politique et profondément humaine.
Les échanges ont porté sur la crise persistante des droits humains en Iran, la mémoire du massacre de 1988, la recrudescence alarmante des exécutions, ainsi que le rôle central des femmes dans les mobilisations actuelles. Le débat a également souligné l’importance du rôle de la diaspora iranienne et de la mobilisation internationale pour freiner la répression et exiger des mécanismes de responsabilité. 

Un étudiant en architecture exécuté pour espionnage
ONG des droits humains, 21 décembre 2025 
Le régime iranien a exécuté Aqil Keshavarz, étudiant en architecture à l’université de Shahrud, accusé d’"espionnage au profit d’Israël". Arrêté au printemps 2025, en pleine guerre de 12 jours avec Israël, il aurait été détenu à l’isolement, interrogé et torturé pour obtenir des aveux. Malgré les inquiétudes et appels lancés par des médias étudiants et des ONG, sa condamnation à mort a été confirmée par la Cour suprême et l’exécution a eu lieu le 20 décembre 2025, après une dernière visite de sa famille.
Cette exécution a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et s’inscrit dans une répression plus large : les autorités iraniennes affirment avoir arrêté plus de 700 personnes pour espionnage présumé, tandis que des ONG alertent sur des dizaines de détenus politiques menacés de la peine de mort, suscitant de fortes critiques internationales.

Hausse sans précédent et alarmante des exécutions de femmes en Iran
Un record mondial mortifère
CSDHI, 22 décembre 2025 
Compte tenu de l’exécution d’au moins 61 femmes en 2025 jusqu’à la mi-décembre, parallèlement à
1791 exécutions au total à la fin novembre, la communauté internationale doit :
. exiger l’arrêt immédiat des exécutions et l’instauration d’un moratoire sur la peine de mort en Iran ;
. réclamer une transparence totale, incluant la publication des noms, dates, lieux et procédures judiciaires de toutes les exécutions ;
. engager de toute urgence des mécanismes internationaux pour protéger les femmes condamnées à mort, en particulier dans les affaires sécuritaires, et pour traduire les responsables en justice.

"Femme, Résistance, Liberté" 
Appel de 400 femmes influentes pour empêcher l’exécution de Zahra Tabari en Iran
JVMI, 23 décembre 2025
Plus de 400 femmes influentes du monde entier – lauréates du prix Nobel, anciennes présidentes et premières ministres, parlementaires, rapporteuses spéciales de l’ONU, personnalités des médias, icônes du sport et éminentes défenseures des droits humains – ont signé une déclaration publique urgente appelant à la libération immédiate d’une militante des droits des femmes condamnée à mort en Iran. Zahra Tabari, une Iranienne de 67 ans, mère de famille et ingénieure, risque d’être exécutée pour avoir brandi une banderole portant l’inscription "Femme, Résistance, Liberté".
Le 7 juillet 2025, les médias d’État iraniens ont appelé à une répétition du massacre de prisonniers politiques de 1988. Depuis lors, le nombre d’exécutions politiques et de condamnations à mort a connu une forte augmentation.
L’appel visant à empêcher l’exécution de Tabari a été lancé par l’organisation Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran (JVMI).
Parmi les personnalités qui ont soutenu cet appel figurent huit anciennes cheffes d’État ou de gouvernement, trois anciennes ministres de la Justice et des parlementaires de quatorze pays.

Amnesty International demande la libération immédiate d’un adolescent baloutche de 16 ans emprisonné
Amnesty International, 19 décembre 2025 
Les autorités du régime iranien sont exhortés à libérer immédiatement Mahmoud Baluchi Razi, un adolescent baloutche de 16 ans. Selon l’organisation de défense des droits humains, il a été arrêté arbitrairement il y a environ 2 semaines et soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements afin de contraindre son père à se rendre.
Mahmoud Baluchi Razi a été arrêté le 7 décembre dans son école du comté de Nikshahr (Sistan-et-Baloutchistan), par des agents du ministère du Renseignement, refusant pendant plusieurs jours de révéler à sa famille son sort et son lieu de détention, les autorités l’ont exposé à une disparition forcée.

Prison d'Evin : Les détenues politiques sont confrontées à une grave crise sanitaire et à des conditions insalubres
iranhrs.org/wncri, 24 et 26 décembre 2025
Une part importante des prisonnières politiques d'Evin souffrent de maladies graves, parfois incurables, mais sont privées d'un accès régulier à des médecins spécialistes, à des médicaments et à des services médicaux.
Environ 60 prisonnières politiques sont actuellement détenues dans le quartier des femmes de la prison d’Evin. Des rapports en provenance du quartier des femmes font état d'une situation sanitaire et médicale préoccupante pour les prisonnières politiques. Cette situation est marquée par la propagation de maladies graves, le manque de soins médicaux et des conditions d'insalubrité extrême. Ces conditions, en particulier pour les détenues âgées et celles souffrant de maladies chroniques, représentent un danger grave et immédiat.
Une alimentation insuffisante et le manque de denrées alimentaires adéquates, notamment de fruits et de légumes frais, sont identifiés comme des facteurs contribuant à leur état.
L’état physique Fatemeh Ziaii, Shiva Esmaili et Marzieh Farsi est extrêmement préoccupant. Zahra Safaei, atteinte d’une maladie cardiaque et porteuse de deux stents, n’a subi aucun examen médical depuis plus de sept mois et souffre de douleurs cardiaques sévères. Elaheh Fouladi souffre de graves problèmes au genou, notamment d’une masse importante, d’une déchirure du ménisque et d’une sténose du canal rachidien, entraînant des douleurs constantes, sans qu’aucun traitement efficace n’ait été mis en place. Tahereh Nouri est atteinte d’apnée du sommeil et souffre d’une faiblesse physique sévère. Forough Taghipour souffre d’une anémie sévère… 

Trois autres femmes exécutées en décembre 2025
Médias, 24 décembre 2025  
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Mahdieh Keyhani, 41 ans originaire de Tabriz, a été pendue à l’aube du 21 décembre dans la prison centrales de Hamedan. Elle avait été arrêtée il y a environ 5 ans à Hamedan, accusée du "meurtre prémédité de son mari", et condamnée au qesas par le pouvoir judiciaire du régime iranien.
. Mahin Rashidi, 39 ans originaire de Kachan, a été exécutée le 17 décembre à la prison centrale de Chiraz. Elle avait été arrêtée environ un an et 4 mois plus tôt pour des accusations liées aux stupéfiants, puis condamnée à mort. Mahin a été privée d’une dernière visite familiale avant la mise en œuvre de son exécution.
. Sahra Khanzadeh exécutée le 24 décembre à la prison de Vakilabad à Machhad. Elle avait été condamnée à mort pour des accusations liées aux stupéfiants.
64 femmes exécutées en Iran en 2025, représente une augmentation d’au moins 88 % par rapport à 2024.

UE-Iran 
Déclaration du Haut Représentant de l'UE concernant l'arrestation et la détention de défenseurs des droits humains
30 décembre 2025
L'Union européenne exprime sa vive préoccupation face au recours généralisé à la détention arbitraire par les autorités iraniennes pour réprimer les voix critiques dans le pays, en violation des obligations de l'Iran au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Nous appelons les autorités iraniennes à libérer toutes les personnes détenues injustement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression et de réunion. Cela inclut Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix, dont la santé demeure fragile, ainsi que d'autres défenseurs des droits humains arrêtés le 12 décembre à Machhad.
Les défenseurs des droits humains doivent pouvoir faire entendre leur voix et mener à bien leur travail légitime sans risquer leur liberté, en Iran comme partout ailleurs.

La campagne des "Mardis contre les exécutions" 
101ème semaine de la grève de la faim hebdomadaire dans 55 prisons iraniennes 
AFIF, 30 décembre 2025
La campagne des Mardis contre les exécutions en Iran marque sa 101ème semaine par des grèves de la faim observées par des prisonniers politiques dans 55 établissements pénitentiaires du pays. 
En parallèle des grèves et des protestations des commerçants des bazars de Téhéran, les prisonniers poursuivent leur action. Ils adresse leurs vœux de Noël et de Nouvel An à l’ensemble des chrétiens : "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme".
La campagne exprime sa profonde gratitude aux familles et aux soutiens qui ont accompagné la 100ème semaine, et lance un appel vibrant à intensifier l’engagement pour l’initiative "Non à la peine de mort". 

Crise économique et colère sociale
L’Iran secoué par des protestations nationales fin décembre 2025
Divers Médis, 31 décembre 2025
Le mouvement a débuté le 28 décembre 2025, quand des commerçants et artisans, notamment dans des centres commerciaux et bazars à Téhéran ont fermé leurs magasins en signe de protestation contre l’effondrement de la monnaie nationale (le rial), la forte inflation, la dépréciation du rial face au dollar, et la détérioration générale des conditions économiques Les manifestants dénonçaient la hausse des prix, l’instabilité monétaire, la crise économique, et craignaient la faillite de nombreuses petites et moyennes entreprises. Dès le 29 décembre, le mouvement s’est étendu. 
Des étudiants d’universités à Téhéran (et ailleurs) ont rejoint les mobilisations. 
Des villes comme Ahvaz, Kermanchah, Ispahan, Machhad, ainsi que d’autres localités, ont vu des rassemblements.
Ces protestations sont décrites comme les plus importantes depuis 2022 (année des mobilisations massives après la mort de Mahsa Amini). 
Le régime semble face à un dilemme : répondre aux revendications économiques pourrait soulager la pression, mais le caractère politique croissant des protestations rend toute simple réforme économique insuffisante à long terme.
Le risque d’une répression plus violente existe, en particulier si le mouvement continue à s’amplifier, ce qui pourrait déclencher une crise politique majeure.