04 juin 2026

AFIF INFOS (2/2) Mai 2026

 
Bulletin bimensuel d’informations sur les droits humains en Iran
ASSOCIATION DES FEMMES IRANIENNES EN FRANCE

Appel à sauver les prisonniers politiques condamnés à mort, dont Zahra Shahbaz Tabari
Zahra Shahbaz Tabari, prisonnière politique détenue à la prison centrale de Rasht, a de nouveau été condamnée à mort pour "rébellion armée" en raison de son appartenance à l’OMPI, à l’issue d’un simulacre de procès de 10 minutes tenu par visioconférence, sans qu’elle ait eu la possibilité de choisir librement son avocat.
Âgée de 67 ans, ingénieure en électricité, Zahra Shahbaz Tabari a été arrêtée à son domicile le 16 avril 2025, puis transférée à la prison centrale de Rasht après une perquisition menée par les forces de sécurité, au cours de laquelle des téléphones portables et un ordinateur ont été saisis.
Son "crime" : la possession d’un morceau de tissu portant le slogan "Femme, Résistance, Liberté" et message vocal inédit ; aucune preuve démontrant un quelconque lien avec une activité armée.

L’Iran, geôlier de 53 écrivains
PEN America, 12 et 14 mai 2026
Un record mondial de répression – L’année 2025 a marqué un tournant sombre avec un record mondial de 401 écrivains incarcérés dans le monde. L’Iran se hisse à la 2ème place de ce triste classement avec 53 détenus, enregistrant la plus forte progression annuelle d'arrestations. Cette répression touche tous les corps de métiers de la plume : poètes, journalistes, chercheurs et militants. À la suite du conflit avec Israël en juin 2025, toute voix critique " est sévèrement réprimée. La guerre sert de prétexte à un durcissement des conditions de détention et à une censure accrue.
Lauréate du la liberté d'écrire 2026, l'écrivaine et militante iranienne Golrokh Ebrahimi Iraee incarne la résistance intellectuelle.
Le symbole d'Evin : Malgré dix ans de harcèlement, l'écrivaine Golrokh Ebrahimi Iraee continue de faire sortir des messages de résistance, affirmant que l'écriture reste l'ultime rempart contre "l'effacement" des êtres.

Monde : 2025 a été une année record pour les exécutions
Rapport d’Amnesty International, 18 mai 2026
La hausse vertigineuse dont rend compte le rapport Condamnations à mort et exécutions 2025 est essentiellement due à une poignée de gouvernements déterminés à régner par la peur. 
Les autorités iraniennes, principales responsables de cette augmentation, ont exécuté au moins 2 159 personnes, soit plus du double par rapport à 2024. 
Au niveau mondial, les exécutions ont augmenté de 78 % en un an – leur nombre était de 1 518 en 2024. Le total indiqué pour 2025 n’inclut pas les milliers d’exécutions qui, ont eu lieu en Chine. Le rapport révèle que le nombre d’exécutions en 2025 a atteint le plus haut niveau jamais enregistré par l’organisation de défense des droits humains depuis 1981, avec 2 707 personnes exécutées par les autorités de 17 pays.
La hausse vertigineuse dont rend compte le rapport Condamnations à mort et exécutions 2025 est essentiellement due à une poignée de gouvernements déterminés à régner par la peur… 

Zeinab Jalalian, la plus ancienne prisonnière politique d'Iran, privée de soins à la prison 
wncri/AFIF, 20 mai 2026
Les dernières nouvelles concernant la prisonnière politique Zeinab Jalalian, font état d'une dégradation critique de son état de santé à la prison centrale de Yazd en ce mois de mai 2026.
Zeinab qui purge actuellement sa 20ème année de réclusion à perpétuité, se trouve dans un état physique critique après que les autorités de sécurité ont bloqué son accès à des soins médicaux spécialisés. 
Depuis la mi-mai 2026, elle souffre de saignements continus, d'une anémie sévère et de douleurs abdominales aiguës, incapable de se lever de son lit.
Les autorités pénitentiaires et les services de renseignement bloquent actuellement son transfert vers un hôpital extérieur en invoquant des restrictions de sécurité liées au contexte régional (conflit entre l'Iran et la coalition américano-israélienne). L'accès aux soins médicaux reste conditionné par les services de renseignement à une "lettre de repentir" et à des aveux télévisés, ce que Zeinab Jalalian continue de refuser catégoriquement.
Son avocat, Amir-Salar Davoudi, maintient que sa détention prolongée est illégale selon le code pénal révisé et demande sa libération immédiate.
Le 1er mai 2026, neuf rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont exprimé leur profonde inquiétude face à sa détention arbitraire et aux actes de torture qu'elle subit, affirmant que "chaque minute compte" pour lui sauver la vie.

Résolution du PE sur la situation des droits de l'homme en Iran
PE, 21 mai 2026
Répression et exécutions de manifestants, de dissidents, de prisonniers politiques et de minorités religieuses en Iran
Les eurodéputés expriment leur solidarité avec le peuple iranien, confronté au plus grand massacre de manifestants de l'histoire du pays. Ils condamnent fermement la peine de mort comme mesure dissuasive contre la mobilisation politique et demandent son abolition. Ils déplorent les exécutions secrètes de dissidents en mars et avril, y compris de mineurs, et exigent des autorités iraniennes la libération immédiate de tous les prisonniers politiques.
Le Parlement appelle l'UE à renforcer les sanctions contre les responsables iraniens de la répression, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les entités liées au Guide suprême. Les membres du CGRI et leurs familles devraient être interdits d'entrée dans l'UE, affirment les eurodéputés. Les États membres devraient fermer les missions diplomatiques iraniennes associées à la répression transnationale et appliquer toutes les sanctions. Les eurodéputés souhaitent également que l'UE et ses partenaires partagent les mêmes valeurs fournissent aux Iraniens les outils nécessaires pour garantir un accès internet sûr et sécurisé à la population, qui subit un black-out imposé.
Alors que la mission d'établissement des faits indépendante des Nations Unies sur l'Iran a averti que l'oppression exercée par le gouvernement iranien conduit à des crimes contre l'humanité, le Parlement exige de l'UE qu'elle garantisse à la mission un financement suffisant pour poursuivre ses travaux.
La résolution a été adoptée par 516 voix pour, 14 contre et 39 abstentions.

Une prisonnière de 28 ans exécutée à la prison d’Ardabil
wncri,24 mai 2026
Aux premières heures du mercredi 20 mai 2026, les autorités du régime iranien ont procédé à l’exécution d’une prisonnière identifiée comme Asma Zarei, âgée de 28 ans, à la prison d’Ardabil.
Asma Zarei avait été arrêtée il y a 2 ans pour meurtre avant d’être condamnée à la peine capitale. Elle était la mère d’un enfant né durant son incarcération, aujourd’hui âgé de 2 ans. 
Avec la pendaison d’ Asma Zarei, le nombre de femmes exécutées en 2026 s’élève désormais à 12.

Recrudescence des féminicides en mai en Iran
AFIF, 25 mai 2026
Entre le 16 et le 23 mai 2026, de nombreux cas de féminicides ont été documentés dans plusieurs villes iraniennes : 
. Jana Sadouei, 19 ans, mariée de force à l’âge de 17 ans, a été tuée par son époux le 16 mai à Khoy ;
. Mahnaz, 41 ans, mère de deux adolescents, a été assassinée par son mari le 22 mai à Téhéran ;
. Une jeune femme a été tuée par balles par son ex-mari le 23 mai à Karaj ;
. Une mère poignardée à mort par son fils le 23 mai à Bojnourd ;
. Leila M., 42 ans et mère de cinq enfants, a été tuée à la hache par son frère alors qu’elle dormait à Makou.

La fronde des prisons : "Non aux exécutions"
AFIF, 27 mai 2026
Le mardi 26 mai marque la 122e semaine de grève des prisonniers dans 56 prisons en Iran. La protestation contre les exécutions en hausse, et les repressions continue dans un contexte d’escalade géopolitique et des pressions exercées par les autorités carcérales au cours des dernières semaines. 
Bien que privées de liens familiaux et de téléphone, les femmes de la prison d'Evin continue de diriger la contestation contre la peine de mort. Face à cette "vague de sang", le Parlement européen et l'ONU exigent que tout dialogue politique avec Téhéran soit désormais conditionné à l'arrêt immédiat des exécutions.

Arrestations massives des femmes en Iran
Médias/AFIF,  28 et 29 mai 2026
À la suite du puissant soulèvement populaire initié fin décembre 2025 et marqué par les massacres des 8 et 9 janvier 2026, les autorités iraniennes ont lancé une campagne d'arrestations massives des citoyennes, une stratégie systémique visant à neutraliser le rôle moteur des femmes dans les contestations.
Les forces de sécurité et les services de renseignement opèrent quotidiennement des arrestations sans mandat touchant la société civile : militantes, avocates, influenceuses, blogueuses, étudiantes, mineures, minorités religieuses bahaïe ou zoroastrienne… 
Accusations lourdes 
Les femmes arrêtées font face à des accusations particulièrement graves : "atteinte à la sécurité nationale" et "insulte au Guide suprême "…, des charges brandies pour de simples actes de dissidence publique.
Les ONG dénoncent à l'unanimité des violations flagrantes des droits humains fondamentaux au sein du système carcéral iranien. La majorité des arrêtées subissent une détention au secret prolongée. Les autorités refusent systématiquement de communiquer leur lieu d'incarcération aux familles, ce qui s'apparente légalement à des disparitions forcées. L'accès à un avocat indépendant ou à des visites familiales est quasi systématiquement refusé durant les phases d'interrogatoire. Les témoignages qui filtrent des quartiers de haute sécurité font état de fortes pressions psychologiques, de privations de soins médicaux essentiels et de violences physiques destinées à extorquer des aveux télévisés.
Menace de la peine de mort 
Ce durcissement se traduit par une multiplication des condamnations à la prison ferme, au fouet, et pour certaines figures de la résistance, par des condamnations à mort dans le cadre de procès expéditifs.
La résistance face à cette offensive se manifeste aujourd’hui, au sein même des quartiers féminins des prisons.
La mobilisation des prisonnières alimente les campagnes anti-exécution les plus influentes comme "Non aux exécutions des mardis". 

Diana Taherabadi, 16 ans, est toujours incarcérée à la prison de Karaj
HRANA, 31 mai 2026
Malgré les 126 jours écoulés depuis son arrestation, Diana Taherabadi, adolescente de 16 ans arrêtée lors des manifestations de janvier, est toujours détenue au Centre de correction et de réhabilitation pour mineurs de la prison de Kachouie à Karaj.
La jeune fille a été arrêtée par les forces de sécurité à Karaj le 25 janvier 2026, lors des manifestations. Après son arrestation, elle a été transférée au centre de détention pour mineurs de la prison de cette prison.
D’après une source proche de sa famille, "Les forces de sécurité lui ont extorqué des aveux et l'ont ensuite traduite en justice. Elle a nié les accusations portées contre elle lors de l'audience, et son dossier a été transféré à Téhéran pour un nouvel examen suite à l'intervention des services de sécurité".